Hommage aux ex-Moulinex

Le Monde Economie
02/10/2012

La liquidation judiciaire de Moulinex en septembre 2001 a provoqué un séisme d'une violence inouïe : 3 000 personnes sur le carreau ; plusieurs usines fermées en Basse-Normandie, berceau du fabricant d'appareils électroménagers...

Que sont devenus les salariés emportés dans ce désastre ? La question sert de fil conducteur à l'ouvrage de la sociologue Manuella Roupnel-Fuentes. Tiré d'une thèse, il se veut un « hommage » à ces femmes et à ces hommes relégués dans la longue cohorte des chômeurs. L'auteure les a rencontrés chez eux, dans les cellules de reclassement ou à l'occasion de rassemblements. Plus de 800 entretiens ont été conduits en face-à-face.

De cette enquête fouillée, il sort un livre passionnant sur la trajectoire des personnes licenciées. Une fois mises à la porte, elles ont vécu une « rupture sociale totale » : restrictions budgétaires, troubles de la santé, délitement des liens sociaux...

Confrontés à la nécessité de revenir sur le marché du travail, les « Moulinex » ont connu des fortunes diverses : les plus qualifiés ont réussi à se réinsérer, mais beaucoup de femmes ont collectionné CDD, missions d'intérim et stages.

D'après un rapport réalisé fin 2006 par un cabinet de conseil, le taux de retour à l'emploi des ex-salariés de Moulinex est faible (31 %). Cet échec tient en partie aux mesures d'accompagnement mises en place : elles appliquaient un « traitement identique » entre les licenciés, alors qu'il aurait fallu du sur-mesure pour tenir compte de leurs « chances différenciées de réinsertion professionnelle », souligne Manuella Roupnel-Fuentes. Son ouvrage est riche de sens à l'heure où se multiplient les plans sociaux

Bertrand Bissuel


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Le travail oublié

Le Monde Economie
02/10/2012

Dans une économie placée sous le signe de l'innovation et du service, la valeur dont dépend l'emploi n'est plus dans la force mécanique, dans des savoir-faire de plus en plus imitables (...). Elle est dans la coopération de ces différentes sources de valeur. » Cette phrase énoncée en première partie du livre de Francis Ginsbourger, économiste du travail, résume à elle seule son propos.

L'auteur explique comment progressivement les salariés, les syndicats, les politiques publiques ont perdu la main sur l'organisation du travail. Les logiques de gestion ont introduit des raisonnements utilitaristes et tout traduit en données chiffrées.

Le travail est devenu un coût et son organisation, un aménagement du temps de travail. En réduisant le travail à ce qui se calcule, l'enjeu identitaire de l'échange social a été oublié.

Le travail a perdu son sens et est devenu aveugle, car le collectif de travail, de coopération, de transmission, a éclaté. « Le moule dans lequel se produisent les apprentissages » a ainsi été cassé.

La conséquence immédiate est que, lorsque mondialisation oblige, la grande entreprise s'est éparpillée façon puzzle, comme l'écrivait Michel Audiard. Toutes les parties prenantes ont raté le coche de la mutation du travail.

Les capacités d'innovation et d'adaptation étaient immobilisées car le collectif de travail avait perdu de vue l'intérêt général de l'entreprise.

Derrière un titre qui transpire la souffrance et la violence liées à la perte de sens du travail, ce chercheur associé au Centre de gestion scientifique de Mines ParisTech nous invite à se réapproprier l'organisation du travail en reliant « l'analyse de l'activité de travail faite avec les uns et l'analyse économique et gestionnaire faite avec les autres » autour d'un bien qui doit redevenir commun.

Anne Rodier


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Un état de l'art

Le Monde Economie
02/10/2012

Peut-on faire tenir tout ce que l'on sait de la gestion des ressources humaines en 624 pages ?

C'est, en tout cas, le projet de cet ouvrage collectif, dont la lecture est cependant facilitée par une présentation systématique sous forme de fiches croisant études de cas, résumés juridiques, schémas, avis des professionnels, condensés pratiques, etc.

L'objectif est d'offrir aux DRH, mais aussi aux managers, un « état de l'art » sur chaque axe de la gestion des RH, depuis le recrutement jusqu'aux risques psychosociaux en passant par la formation, la rémunération, etc. Mais le revers de la médaille est de figer dans des catégories établies, une matière et des pratiques qui, par nature, tiennent plus de l'art, voire de l'artisanat, que de la science.

Antoine Reverchon


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Perte de contrôle

Le Monde Economie
02/10/2012

Il est urgent d'innover dans le domaine du management, et d'introduire, enfin, la confrontation et la coopération dans l'entreprise. Tel est le propos du dernier livre de François Dupuy. Le sociologue, qui a observé de l'intérieur l'organisation d'entreprises françaises dans le cadre d'enquêtes menées de 2007 à 2008, dresse un bilan accablant de l'inadaptation des organisations de travail à l'évolution économique.

L'ouverture des marchés, liée à la mondialisation, la priorité donnée à l'adaptation des produits en fonction de la demande des clients auraient dû imposer un changement radical de management. Or les entreprises sont restées bloquées dans leurs vieux rouages organisationnels, affirme-t-il. Certaines sont gérées « en nid-d'abeilles », où l'organisation par métier aboutit au cloisonnement - les uns ignorant ce que font les autres « avec des informations qui ne remontent pas plus qu'elles ne redescendent » ; d'autres sont organisées en séquences, où chacun reporte la responsabilité des échecs sur les autres. Dans tous ces cas, le pilotage effectif de l'entreprise s'est progressivement dilué. Il décrit ainsi, témoignages à la clé, des entreprises où le pouvoir est aux mains d'« experts métiers », de responsables syndicaux, ou de cadres. On ne sait plus qui est responsable de quoi, et les pertes de valeur s'accumulent. L'auteur explique comment « le collectif a implosé », comment « on a laissé filer le travail » et « le client ». « Les entreprises ont perdu le contrôle d'elles-mêmes », dit-il. Mais un management adéquat existe, appliqué par quelques entreprises pilotes dont il relate aussi les expériences.

A. Rr


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